La manifestation étudiante au Québec

Je viens tout juste d’annoncer que je prenais une pause, mais je ne peux pas repousser davantage le billet que j’avais l’intention d’écrire à propos de la situation au Québec. Pour ceux qui ne seraient pas au courant, (je ne prend pas de chances!) les étudiants au niveau post-secondaire à travers la province sont en manifestation contre la décision du gouvernement provincial d’augmenter les frais de scolarité de 75% graduellement au cours des 5 prochaines années.

C’est une histoire pas très belle depuis le début. J’ai personnellement changé d’opinion quelques fois. Au début, j’étais dégoûté par le manque de respect dans le dialogue entre les deux camps. Il y avait du «T’es pas d’accord, faque ta gueule!» qui provenait des deux côtés. Le débat s’est répandu assez vite à l’ensemble de la population québécoise: tout le monde a une opinion sur le sujet. Des arguments fallacieux sont balancés tout bord tout côté dans une compétition nationale pour avoir le dernier mot.

J’ai commencé à m’interroger sérieusement et à m’informer davantage sur le sujet de l’augmentation des frais de scolarité bien après le début des manifestations. Quel exactement serait l’impact d’une telle mesure? Ce qui me tient vraiment à coeur, c’est l’accessibilité des études post-secondaire. À première vue, il me semble qu’augmenter les frais est nuisible à l’accessibilité. Cependant, si le gouvernement s’engage à augmenter en proportion les prêts et bourses, il ne devrait pas y avoir de problème immédiat. Bien évidemment, ce n’est pas toute l’histoire. Mais avant de continuer, j’ai besoin de clarifier pourquoi l’accessibilité à l’éducation post-secondaire est si importante. Me basant sur les commentaires que j’ai vu au cours de cette affaire, ce n’est pas évident à tout le monde.

Voici comment le système est supposé fonctionner. La société québécoise a plusieurs programmes dans lesquels elle doit continuellement injecter de l’argent: le système routier, la santé, l’aide sociale et l’éducation, pour ne nommer que les plus importants. À première vue, tous ces programmes semblent être des trou-noirs financiers. Les routes se dégradent et doivent constamment être réparées. Les problèmes de santé ne vont jamais disparaître complètement, nous devons continuellement payer pour. Il va toujours y avoir des gens sans travail. Les supporter est une dépense qui se renouvelle sans cesse. Il y aura toujours de nouveaux enfants, et nous nous devons d’éduquer chaque nouvelle génération. Je peux comprendre la frustration de certain citoyens si ces programmes ne leur sont d’aucune utilité directe.

Pourquoi quelqu’un devrait-il payer pour ces systèmes s’il ne les utilise pas? Pourquoi n’importe lequel d’entre-nous devrait payer pour les gens qui abusent de ces systèmes? Il y a des gens qui n’utilisent jamais l’autoroute 40. On connait tous des histoires de gens qui vont à l’urgence pour un rhume. On a tous entendu nombre d’histoires sur les «BS» du Québec. On a aussi tous entendu parler d’étudiants qui se paient des voitures et des voyages dans le sud avec leurs prêts et bourses.

La vérité, c’est qu’aucun de ces exemples ne constitut un bon argument contre ces programmes gouvernementaux. Si on veut vraiment se faire une opinion sur la valeur de ces programmes à notre société, il faut se demander non pas si ces programmes sont abusés (n’importe lequel système le sera, n’ayez pas d’illusions à ce sujet), mais combien de gens ces programmes aident véritablement contre combien de gens en abuse. La prochaine fois que vous voulez argumenter sur l’utilité de ces systèmes, ayez des chiffres pour vous supporter.

Il sera cependant très difficile d’obtenir ces chiffres. Le problème est que les quatre programmes dont je parle ne fonctionnent pas comme de simples entreprises. Dans une entreprise, il est facile de mesurer les revenus et d’être pragmatique vis-à-vis ce qui marche et ce qui ne marche pas. Vous n’avez qu’à mesurer l’impact d’une de vos mesures sur vos profits annuels, et de balancer ces profits contre l’investissement que la mesure a nécessité. Pour les quatre programmes gouvernementaux, les conséquences sont tellement diverses qu’elles sont presque impossible à mesurer. Il est très facile de mesurer combien ces programmes coûtent, pas si facile de mesurer ce qu’ils rapportent.

Des routes bien maintenues permettent aux gens de se rendre au travail sans risque et à temps. Un bon système de santé permet aux citoyens de rester heureux et productifs. Si un de vos proches est malade ou blessé, le système garanti que quelqu’un de compétent va s’en occuper. C’est une bonne chose d’avoir ce genre de sécurité. C’est aussi une bonne chose de savoir que vous n’aurez pas à vendre votre appartement si vous perdez votre emploi. Finalement, il est encore mieux de savoir qu’en grandissant, vous aurez l’opportunité de choisir la profession qui vous convient. Combien paierez-vous pour que toutes ces choses soient des droits plutôt que des privilèges?

L’éducation produit des contribuables. L’éducation forme aussi des citoyens mieux informés. Le principe moral de base derrière l’éducation publique est l’égalité d’opportunité. N’importe qui devrait pouvoir devenir un médecin si elle le veut et si elle en est capable. Ce n’est pas des affaires de personne ce que vous décider d’accomplir professionnellement. En pratique, nous sommes encore loin de cet idéal, mais garder les frais de scolarité aussi bas que possible est une des nombreuses façons de réaliser l’égalité d’opportunité. Cette mesure permet d’éliminer l’influence du revenu familial ou l’influence de la volonté des parents d’aider leurs enfants financièrement sur jusqu’où l’enfant va se rendre dans son éducation.

Une raison légitime pour laquelle vous pouvez vous opposer à ce que les enfants de vos concitoyens s’éduquent autant qu’ils le puissent est si on ne peut pas se le permettre financièrement. Mais encore, si vous utiliser cet argument, vous êtes aussi bien de le supporter avec des chiffres. Le Québec n’est pas autant dans le trouble qu’on le laisse croire dans les médias. Un bref regard vers la situation économique des États-Unis ou de l’Europe devrait être assez pour vous en convaincre. Le Québec s’en sort très bien. Au risque de me répéter, l’éducation est un investissement qui vous rapportera plus de contribuables dans 2, 5 ou 10 ans. Plus l’éducation est accessible, plus elle produira de contribuables. Couper dans l’éducation est une idée dérangeante si on se préoccupe de l’avenir de la province à long terme, du moins, à plus long terme que la durée du mandat du gouvernement actuel.

Je sais, vous connaissez des gens qui ont lâché l’école qui s’en sortent très bien. Ils ont une maison, une famille, trois voitures et ils vont au Costa Rica à chaque hiver. Pour une troisième fois, ceci n’est pas un argument tant qu’il n’est pas quantitatif. Montrez que parmi ceux qui n’ont pas d’éducation post-secondaire, un plus grand nombre s’en sort très bien que moins bien. Sans ces chiffres, cet argument ne vaut rien.

Je pourrais continuer pendant longtemps sur les raisons fondamentales pourquoi l’éducation devrait être financée généreusement par le gouvernement, mais je remplirait un autre billet. Retournons aux détails de la manifestation étudiante.

Les choses ont dégénéré dans les violence. Le gouvernement fait la sourde-oreille: le premier ministre en profite même pour en faire des farces. Je ne me serais jamais attendu à un comportement aussi auto-destructeur. Comment est-ce que Jean Charest peut ignorer qu’il va seulement rendre les étudiants encore plus furieux? Excellente façon de gérer la crise Mr. Charest, vous êtes officiellement un imbécile.

Je n’excuse cependant pas la violence du tout, qu’elle soit des étudiants ou des forces policières. Mais le gouvernement aurait pu facilement empêcher tout ceci. Ils ne l’ont pas fait, parce qu’ils n’en ont évidemment rien à faire de l’opinion des étudiants. Présentement, ils profitent de la violence de certain étudiants pour discréditer l’ensemble des étudiants. La définition même d’un ad hominem…

Je n’excuse pas non plus toutes les choses stupides dites d’un côté comme de l’autre du débat. C’est tellement facile de mettre tout le monde dans le même panier. C’est tellement facile de rejeter tous les étudiants à cause d’un argument stupide dit par certains d’entre-eux, et c’est tout aussi facile de discréditer toute opinion contre le mouvement étudiant à cause de la condescendance de certaines personnes. Ces choses sont des distractions nuisibles et superficielles qui cachent le véritable débat. Nous devrions condamner tout cela, des deux côtés de la clôture.

J’ai fini par choisir de supporter les étudiants. Je dénonce la violence, le vandalisme, la rigidité d’esprit et les arguments simplistes. Mais je dénonce aussi la condescendance, les attaques ad hominem, l’irresponsabilité et le rejet systématique d’opinions. La raison pour laquelle je supporte les étudiants est parce que je suis contre l’augmentation des frais de scolarité, pas parce que j’approuve ce que les étudiants font ou disent, ni parce que je pense que ceux qui sont pour l’augmentation sont des trou-du-culs sur-privilégiés.

About student protests in Québec

I know I just announced that I was going on a hiatus, but I cannot push back talking about the situation in Québec any longer. For those who may not know, the post-secondary students all across the province are protesting the government’s decision to increase the tuition fee at university level by about 75% over the next 5 years.

It’s been an ugly thing from the beginning. I personally switched from one side of the debate to the other a few times. First, I was appalled by the way students across the spectrum of opinions were disrespecting each other. There was a bit of “You don’t agree with us, so shut up!” going on on both sides. The debate has since expanded well outside of the student population: everyone in the province has an opinion. Logical fallacies are being flung like dung at one another in a nationwide competition to have the last word.

I started pondering seriously and reading about the issue of increasing tuition fees, well after the whole thing started. What exactly would be the impact of such a measure? What I personally really care about is accessibility of post-secondary education. On the face of it, increasing the tuition fees is bad for accessibility, but if the government promises to adjust governmental loans and bursaries in consequence, there shouldn’t be any problems. Of course, this is not the whole story. But before I keep going, I feel the need to clarify why accessibility to post-secondary education is important, because from comments I have seen throughout this affair, it is not obvious to everyone.

Here’s how the whole thing is supposed to work. The society of Québec has a lot of things that it must constantly spend money on: roads, health of its citizens, social security of its citizens, education of its citizens. On the face of it, all of these appear like financial black holes. Roads are always deteriorating, we must keep on repairing them. Health issues are never going to go away entirely, so we must keep paying for it. There’s always going to be unemployment to a certain degree: supporting the unemployed is a never-ending expense too. There’s always new kids coming about, and we must educate every new generation. I can understand the frustration some people must feel if they and their relatives have no direct use for these.

Why should anyone should pay for these things if they don’t use it? And why should anyone pay for the people who abuse these generous systems? Everyone knows people who never use highway 40 (between Montréal and Québec city). We all know of stories of people who go to the emergency room for the slightest of health inconvenience such as a cold. We all have heard of or met unemployed people who are not even looking for a job, but merely using their social aid check to buy some bear and smokes and a nice dinner at the restaurant every once in a while. Finally, we have all heard of students who are abusing of their student loans and bursaries to get a car or to travel abroad.

The truth is, none of these examples constitute a good case against these systems. If you want to really make your mind about the worthiness of these systems to the society in Québec, what you need to find out is not if there is abuse (there always will be, no matter what kind of system you make), but how many people are genuinely helped by these systems vs. how many people abuse them. Next time you feel like arguing the usefulness of any of these systems, you better have some numbers to back you up.

But it will be very hard to get these numbers. The problem is that all four systems I am talking about: the roads, healthcare, social aid and education, don’t work like businesses. In a business, it’s easy to measure profits and to be pragmatic about what works and what doesn’t. You just need to measure annually the impact of something you do on your profits, and balance it against the investments it required. For the four systems, the investment is very easy to measure, but the benefits come in so many different shapes that they are next to impossible to measure. It’s easy to measure how much these systems cost, not so much to measure how much we get back.

Well maintained roads allow people to get to their workplaces safely and in time. A good healthcare system allow your citizens to remain happy and productive. Sick or injured relatives are taken care of, so we don’t worry too much about them while on the job, while we ourselves are being taken care of when sick or injured. It is a good thing to feel that the system have our backs when it comes to our health. It is also a good thing to know the system will have your back if can’t find a job for an unknown period of time. Think of how freaked out you would be if you were fired, and you knew that the only viable option to survive the next 2 years was to give up your apartment and your car. And finally, it is even better to know that as a kid, you have the freedom to pick a job you will enjoy. How much would you pay for all these things to be rights, and not only privileges?

Education makes more people to pay taxes. Education makes better informed citizens, thus better voters. The moral principle behind state education is equality of opportunity. Anyone should be able to become a doctor if they want to and are able to. It’s not the business of anybody else but yourself to decide what you can and cannot accomplish professionally. It is not quite like that in practice, but keeping the tuition fees low is one of many measures to realize equality of opportunity. It removes some of the bias from family income and whether or not your family is willing to support your education.

A legitimate reason why you may still oppose letting your fellow citizens’ kids get as educated as they want to is if we can’t afford it. But once again, if you make that argument, you better have some numbers to back you up. Québec is not in deep trouble, despite all the noise you may hear in the media. A look at what is going on in the US or in Europe is enough to convince you of that. We are doing just fine. And, at the risk of repeating myself, education is an investment that will get you more people to pay taxes, 2, 5, 10 years from now. Cutting government spending on education is a very silly idea if you are concerned about the province’s long term future.

Ok I know, you know some people out there who dropped out of school after high school, and they are doing just fine. They have a home, a family, three cars, and they go to Costa Rica every winter. Once again, in order for this point to be a valid one against government spending on education, you would have to show me that more people who drop out of school are better off than people who dropped out of school who are not doing too well. Get me some numbers! Without these, not very convincing.

I could keep going on more fundamental reasons why public education should be generously funded by the government, but that would fill up another entire post. Let’s get back to the specific of the student protests.

Things have now escalated into violence. The government is not listening at all to what the students have to say, and the prime minister is even joking about it. I never expected such foolish behavior. Doesn’t he see that this is just going to piss the students even more? Way to calm things down Charest, you are officially an idiot.

I don’t excuse the whole violence thing going on, either it’s from the students or from the police. The fact is, the government never should have let the situation slip that far down. But they did, since they obviously don’t give a shit. Now they are happily complaining that the students are becoming violent, hoping that they will discredit themselves in the public’s eye. Look how violent these little buggers are! Why should we give any credence to what they have to say? The whole thing is an disgusting ad hominem attack.

I don’t excuse either all the idiotic things being said on both sides of the debate. It is so easy to bundle groups of people and opinions. It is so easy to alienate the students based on some stupid thing they said, or to disregard the opinion of the the people supporting the increase in tuition fee based on their condescension. These things are harmful superficial distractions hiding the real debate, and we should condemn all of these, on both sides of the fence.

I end up siding with the students. I despise violence, vandalism, rigid thinking and simplistic argumentation. But I also despise condescension, ad hominem attacks, irresponsibility and dismissal. The reason I side with the student is because I am against the increase in the tuition fees, not because I approve of what the students do or what they say, or not because I think people who are against it are over-privileged assholes.

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One Response to La manifestation étudiante au Québec

  1. Etienne says:

    Quelques informations complémentaires sur comment rapporte un diplomé universitaire, collégial ou secondaire ; http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/opinions/chroniques/michel-girard/201204/02/01-4511564-combien-ca-rapporte-un-diplome.php

    Je dois avouer que c’est aussi la sur-simplification des arguments (principalement ceux des grands défenseurs de la hausse) et la le ton TERRIBLEMENT infantilisant utilisé contre les étudiants qui me répugne le plus dans ce débat. Ça et la tentative de certains de réfuter la valeur des votes démocratiques pris en assemblée générale ; Déni de légétimité, faible taux de participation (si c’était le cas, on devrait suspendre toutes formes de gouvernement au Canada!) et « Oui mais mes droits individuels sont brimés ».

    Moi moi moi, je je je. Belle société. Le personnage de Jésus de Bruno Blanchet aurait de quoi piquer une bonne crise encore.

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