L’apathie et la démocratie au Canada

(english version below)

Et voilà, un autre article bilingue sur mon blog! Nous aurons à voter pour le représentant notre compté électoral dans environ deux semaines, le 2 Mai prochain. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles quelqu’un pourrait décider d’ignorer son droit de vote, et mon objectif dans dans cet article est de démanteler ces raisons. Ce que j’appelle l’apathie électorale est un phénomène alarmant, particulièrement chez les jeunes en bas de 30 ans. Aux élections fédérales de 2008, seulement 59% de la population s’est présentée aux scrutins, ce qui est le plus bas taux de participation depuis 1867. Le groupe d’âge le moins impliqué se situe entre 21 et 24 ans.

Je trouve que la plupart des jeunes qui ne votent pas sont généralement intelligents, et leur vote pourrait facilement renverser les tendances actuelles. Voici les différentes justifications pour l’apathie électorale que j’ai entendu au cours des dernières années, et voici pourquoi ces raisons ne sont pas valides.

Mon vote n’a pas de poids de toute façon

Il est difficile d’imaginer que mon vote a une influence quelconque lorsqu’il y a 25 millions de Canadiens inscrits sur la liste électorale. Pourquoi alors, au jour de l’élection, devrais-je me déplacer pour un exercice de futilité?

Premièrement, imaginez si du jour au lendemain, tout le monde prenait cet argument au sérieux. Imaginez la réaction des gens en apprenant que tout le monde a fait comme eux, et qu’ils ne sont pas allés voter. Moi, je me sentirais extrêmement stupide. Décider de ne pas aller voter parce que l’influence du vote est négligeable dans l’ensemble n’est tout simplement pas valide parce que le raisonnement ne peut s’appliquer à l’ensemble de la population simultanément. Peut-être ce point est-il d’une nature trop philosophique pour vous convaincre.

Deuxièmement, les gens qui ne votent pas laissent les gens motivés à voter décider du gouvernement à leur place. Une brève incursion chez les gens les plus motivés à voter peut vous convaincre que motivation n’égale pas capacité à prendre des bonnes décisions. Juste pour vous donner une idée, Faytene Kryskow est extrêmement motivée, et elle va voter conservateur parce qu’elle a de l’appui dans ce parti. Pour ma part, compenser son vote est déjà une excellente raison de me rendre au scrutins le 2 Mai prochain.

Il n’y a pas de parti qui représente mes idées

Soyons réaliste. Une grande diversité de points de vue est inévitable dans toute société démocratique. La probabilité que je sois d’accord à plus de 90% avec un parti majeur est extrêmement faible. Cependant, il est presque certain qu’un des partis soit plus près de ma vision, et qu’un autre en soit le plus éloigné. Rappelons-nous qu’un vote peut signifier être d’accord avec un parti, comme il peut signifier être en désaccord avec un autre. La seconde signification est le vote stratégique. Étant donné qu’au Canada, ce sont les députés qu’on élit, voter stratégiquement se fait au niveau du compté. Le Projet Démocratie est une initiative vous permettant de voir les projections de votes dans tous les comptés au Canada, et de choisir le meilleur parti pour voter contre… les conservateurs. D’accord, ils ont un agenda (que je partage, je dois avouer). Les données me semble tout de même légitime.

Nous avons la chance d’avoir 4 partis majeurs au Canada (ils n’en ont que deux aux États-Unis). Ces partis représentent différentes approches pour l’investissement des fonds publics. Avec un peu d’information, il devrait être possible d’au moins les classer en ordre de préférence. La Boussole Électorale, une initiative de Radio-Canada et du département des sciences sociales de l’Université de Toronto peut vous aider à faire cela. En vous posant une trentaine de questions, la Boussole électorale compare votre position avec celle des partis fédéraux.

Les politiciens sont tous des menteurs

Cet argument est un peu plus difficile à contredire. Cependant, en restant relativement informé, il devient possible de déterminer qui est le pire menteur, et les raisons pour lesquels il ment. Si le politicien ment dans le but de ruiner la réputation d’un autre parti, il ne cherche qu’à gagner des élections. Je ne m’attend à rien de moins de leur part. Pas parce que j’approuve, mais parce que ça semble être la norme, et ça semble même être nécessaire pour survivre en politique. Si le même politicien ment pour protéger un agenda caché, disons, préparer le Canada pour l’apocalypse et le second avènement du Christ, c’est autre chose.

Juste pour vous donner un exemple, Gilles Duceppe a un agenda: il travaille en vue de la souveraineté du Québec. Cependant, il est absolument clair et transparent sur le sujet. Stephen Harper voudrait une législation plus orientée vers le Christianisme. C’est pour cette raison que la question de l’avortement et du marriage gai obsède les conservateurs. Par contre, il ne va jamais l’avouer, à moins qu’il s’adresse à un public extrêmement religieux.

La démocratie au Canada est une illusion

Voyons voir. Au moyen Orient, des gens de la Tunisie, de l’Égypte, de la Libye, de l’Iran, du Yémen, de l’Irak, du Bahrein et de l’Algérie sont prêts à sacrifier leur vie pour se débarrasser d’un régime totalitaire et obtenir une démocratie. Et nous prenons ce système pour acquis au Canada. Mon cerveau ne digère pas ce paradoxe (mon estomac non plus).

Je dois concéder, le système électoral du Canada n’est pas parfait du tout. Il est théoriquement possible, que tous les sièges soient conservateurs au Parlement, même si 45% des voies sont contre les conservateurs. Il y a plusieurs façon d’améliorer le système de votes, mais il y a aussi plusieurs façons de l’empirer.

Jack Layton et le NPD proposent dans leur plateforme de passer au scrutin proportionnel. Il a été le seul à mentioner cette option au débat des chefs. De l’autre côté, Stephen Harper propose de couper les fonds publics aux partis politiques. Qui va alors financer les campagnes? Ceux qui peuvent se le permettre. Le lobby des grandes corporation et des gens riches deviendra plus puissant. Si vous voulez en voir les conséquences, suivez la politique aux États-Unis.

Finalement,

je vous encourage fortement à voter. Même si vous votez conservateur. Je serai cependant totalement en désaccord avec vous, et c’est pour cette raison que je vais également voter. En bout de ligne, c’est ça l’essence de la démocratie. Personne ne peut forcer une autre personne à se la fermer sur la scène politique. Ce qu’on peut et doit faire, c’est d’exprimer l’opinion contraire en plus grand nombre.

Apathy and Democracy in Canada

There it is, another bilingual blog post! We will have to vote for the future MP in our own riding in about two weeks, on May the 2nd. There are many reasons why someone might decide to ignore his own right to vote, and my goal in this post is to debunk these reasons. What I call electoral apathy is an alarming phenomenon, especially for people under 30. During the federal elections of 2008, only 59% of the population showed up at the voting booths, which is the lowest elections turnout from 1867 to now. The age group which is the less involved are between 21 and 24.

I find that most of these young people who don’t vote are usually intelligent, and their votes could reverse the current tendencies. Here are a few justifications for electoral apathy that I heard over the past few years, and here is why these justifications are not valid.

My vote doesn’t have any impact anyway

It is hard to imagine that my vote may have any influence whatsoever when there are 25 million Canadians on the electoral list. Why then, on election day, should I bother with an exercise in futility?

Firstly, imagine that someday, everyone in Canada took this argument seriously. Imagine now that after the elections are over, everybody learn what everybody else did. Personally, I would feel extremely stupid. To decide not to vote because a single vote has a negligible impact is simply not correct because this kind of reasoning cannot be applied to everyone at once. However, maybe this point is a little bit too philosophical to convince you.

Secondly, people who don’t vote let more motivated people decide which government will be in power. Have a quick glance at what these motivated people are like. Motivation to vote is definitely not synonym of being able to make good decisions. Just to give you an example, Faytene Kryskow is extremely motivated, and she will vote for the conservatives because she benefits from their support. This already gives me an excellent reason to vote, if only to compensate for her vote.

No party truly reflects my ideas

Let’s be realists. A large diversity of opinions is inevitable in any democratic society. The probability that I will agree with at least 90% of what a major party stands for is very small. However, it is almost certain that one of the parties will be closer to my own vision and that another one will be further away. Let’s remind ourselves that a vote does not necessarily mean agreement with one party, but it can also mean disagreement with another. This second meaning is the strategic vote. Since in Canada, we elect MPs and not parties or prime ministers, to vote strategically can only be done in one’s riding. Project Democracy is an initiative allowing you to consider the voting predictions in each riding, and to choose the best pick to… defeat the conservatives. Ok, they have an agenda (that I share, I must admit). The data they provide still looks legitimate.

We have the chance to have 4 major political parties in Canada (They only have two in the US). These parties represent different approaches for the investment of public funds. With a little information, it should be at least possible to put them in order of preference. The Vote Compass, an initiative by the CBC and the department of social sciences at the University of Toronto can help you with that. By asking you about 30 questions, the Vote Compass can compare your position with that of the federal parties.

Politicians are all liars

This argument is a little harder to deconstruct. However, by remaining informed to a certain degree, it is possible to determine who is the worst liar and the reasons for which he lies. If the politician is lying in order to ruin the reputation of an opposing party, his only goal is to win the elections. I don’t expect anything else. Not because I approve, but because it is the norm, and it almost seems necessary to survive in politics. If the politician lies to protect a hidden agenda like, let’s say, prepare Canada for the Apocalypse and the second coming of Christ, it is something else entirely.

(Here in the French version, I embed a documentary from Radio-Canada (the french CBC) delving into the rise of the religious right in Canada. You can find an english account of what’s in the documentary here, or you can go and read The Armageddon Factor by Marci McDonald.)

Just to give you an example, Gilles Duceppe has an agenda: he is working towards the separation of Québec. However, he is absolutely clear and transparent on the subject. Stephen Harper wishes for a legislation that is closer to the principles of Christianity. It is for this reason that the questions of abortion and gay marriage obsess the conservatives. He will never admit it in public, unless he is speaking to a very, very religious crowd.

Democracy in Canada is an illusion

Let’s see. In the middle East, people from Tunisia, Egypt, Libya, Iran, Yemen, Iraq, Bahrein and Algeria are ready to sacrifice their lives to get rid of a totalitarian regime to obtain a democracy. In Canada, we take it for granted. My brain cannot digest this paradox (and neither can my stomach).

I have to admit that the electoral system in Canada is far from perfect. It is theoretically possible that all seats in parliament be conservative, even if 45% of the votes are against them. There are many ways to make the system better, but there are also a lot of ways to make it worse.

Jack Layton and the NDP propose in their platform to switch to proportional representation. He was the only one to mention it during the official debate. On the other side, Stephen Harper is proposing to cut public funding to political parties. Then, who will finance the campaigns? People who can afford to. The lobby of rich people and large corporation will be made more powerful in the process. If you want to witness the consequences of that, follow the US politics.

Finally,

I encourage you strongly to vote. Even if you vote conservative. I will nevertheless be in complete disagreement with you and that is why I will also vote. In the end, this is the essence of democracy. Nobody can force anybody else to shut up on the political scene. What we can and must do, is to express our opposing opinion in greater numbers.

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One Response to L’apathie et la démocratie au Canada

  1. François Ricard says:

    Vers une plus grande démocratie

    Les deux principes essentiels de la démocratie sont le débat et l’égalité. Et son fonctionnement optimal réside en une nette division des pouvoirs : législatif, judiciaire et exécutif.

    Débat

    Qui dit débat, dit information. Un citoyen, pour débattre d’une question, doit être informé. Il a même un droit fondamental à cette information. Le droit à l’information est le droit fondamental de l’individu et de la collectivité de savoir et de faire savoir ce qui se passe et qu’on a intérêt à savoir.

    Le citoyen aujourd’hui est mal informé. Les grands organes de presse sont souvent la propriété de financiers pour qui la liberté de presse consiste uniquement en la liberté de publier ou non ce que l’on veut, où l’on veut et de la manière que l’on veut pourvu que cela rapporte économiquement et politiquement. Heureusement que l’internet, du moins jusqu’à maintenant, permet de pallier les conséquences de cette information souvent tendancieuse.

    Egalité

    En une véritable démocratie, chacun doit avoir le même poids, la même influence.
    Le principe en cause : une personne, un vote.

    Il faut que toutes les opinions majeures soient justement représentées lors du débat, c’est-à-dire à l’Assemblée nationale ou au Parlement.

    Il faut aussi que le représentant ou député jouisse de la plus grande liberté possible afin qu’il puisse faire valoir les opinions non seulement de son parti mais aussi, et surtout, les opinions de ceux et celles qui l’ont élu.

    L’égalité veut aussi dire que personne, soit un individu ou un groupe d’individus, ne peut s’accaparer du système pour le dominer.

    Que se passe-t-il dans la vraie vie?

    A peu près toutes les démocraties existantes souffrent de carences soit dans l’application des principes soit dans le mode de fonctionnement ou soit dans les deux.

    Je veux m’attarder principalement aux systèmes canadien et québécois.

    Le système de style britannique

    Une gouvernance véritablement démocratique fait une nette différence entre les trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Le système britannique est totalement bancal et fait du premier ministre un vrai monarque .Il dirige les législateurs (ses propres députés, à cause de la ligne de parti, ne sont là que pour endosser ses mesures); il supervise l’exécution du tout en nommant ou en dégommant les ministres. De plus, il a une certaine influence, sinon une influence certaine, sur la nomination des juges. C’est en fait un véritable dictateur pour la durée de son mandat.

    Le système américain

    Le système américain fait une nette distinction des pouvoirs. Les politiques et les budgets sont votés par le Congrès, ou par le Sénat, ou part le Congrès et le Sénat. Cependant les députés ou sénateurs, bien qu’appartenant à des partis politiques, ne sont pas tenus de voter selon une ligne de parti mais bien plutôt selon leur conscience et selon les préoccupations de leurs électeurs.

    Pour cette raison, le système américain est démocratiquement supérieur au système britannique.

    Le financement des partis

    Le système américain fait une nette distinction des pouvoirs. Malheureusement ils ont perdu le contrôle de leur système à cause des caisses électorales. Eisenhower en 1958 avait averti ses compatriotes que le complexe militaro-industriel était à faire main basse sur leur gouvernement. Tous ses successeurs ont préféré ignorer son avertissement. Aujourd’hui, quand on y regarde de près, les Etats-Unis d’Amérique ne sont plus une démocratie mais une ploutocratie. Tout ce qu.il leur reste est le simulacre électoral qui est dominé par l’argent.

    Nous retrouvons le même phénomène au Canada, bien qu’à un degré moindre. Seules les personnes peuvent financer un parti et ce, à hauteur de 3 000$ annuellement. Au Québec, ce seuil est maintenant fixé à 1 000$.

    Combien, de la classe moyenne, surtout avec une famille, peuvent se permettre de donner 3 000$ ou même 1 000$ à un parti politique? Fort peu. Ce sont les riches qui donnent. Et non pas dans un but philanthropique. Et en plus ces riches reçoivent des crédits d’impôt qui, automatiquement, amènent la classe moyenne à défrayer une partie de ces dons sans qu’elle ne le sache.

    Si l’on veut tendre vers une certaine égalité pour tous, il faut accepter un financement public des partis et, sinon une interdiction de tout don, du moins une limitation qui empêche les riches de s’accaparer du tout. Le Parti Québécois propose 100$ comme plafond. C’est déjà beaucoup mieux que 1 000$. C’est le prix à payer pour avoir une véritable démocratie.

    Le débat

    Pour le débat, nous sommes représentés par les députés que nous nous donnons lors d’élections.

    Il est primordial que cette députation soit un éventail le plus riche possible de toutes les opinions les plus importantes qui ont cours, des régions économiques qui forment notre État et des personnes (hommes et femmes) qui peuplent notre pays.

    Notre système uninominal à un tour avec pluralité simple des voix crée des distorsions qui font que des pans entiers de la population sont sous-représentés ou pas représentés. On en trouve des exemples dans toutes les élections, aussi bien canadiennes que québécoises. Il permet aussi à un parti qui obtient 40% des suffrages, et même moins, d’obtenir une majorité de sièges soit au Parlement soit à l’Assemblée nationale et devient donc le gouvernement majoritaire pour quatre ans et le premier ministre, dictateur pour quatre ans. Pourtant tout ce beau monde, qui ne représente même pas 50% de la population, va imposer ses vues et ses façons de faire à l’État tout entier.

    Des changements nécessaires

    Nous nous devons de bonifier notre système démocratique. Si nous croyons véritablement en la démocratie, nous n’avons pas le choix. C’est devenu une nécessité.

    Donnons-nous une constitution qui établit une nette distinction des pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire.

    Élisons notre président, ou chef de l’état, au suffrage universel.

    Permettons à nos députés de voter selon leur conscience et selon les besoins de leurs commettants.

    Revoyons le financement des partis politiques afin qu’ils demeurent la propriété de la population et non des machines au service des riches.

    Donnons-nous un système électoral (à deux tours, ou une proportionnelle, ou une combinaison des deux) qui permettra d’avoir une députation vraiment représentative de toute la population.

    François Ricard
    2011 05 27

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